"On voit par là combien le mois d'août est rempli des progrès de la science et de l'industrie. Mais le vrai souci, durant cette période difficile, c'est l'engraissement du porc normand. Ses oreilles lui cachent sa pâtée. Elles sont trop grandes, comme le nez de Cléopâtre. (L'oreille du porc normand et le nez de Cléopâtre sont d'une conséquence infinie.) Où est le plaisir de manger quand on ne voit pas ce qu'on mange ? Le porc normand gémit et pleure, se prend dans ses propres oreilles comme dans des spaghetti ou des lacets de souliers, se nourrit mal et engraisse lentement. Le porc anglais sera plus avantageux. Mais qu'on n'aille pas jusqu'à acheter des petits cochons indochinois. Noirs, espiègles et diaboliques, leur turbulence les épuise vite. Et c'est pourquoi l'Indochinois élève plutôt l'alligator dont il coupe la queue tous les ans. Ou alors il engraisse des chiens blancs. Les plus comestibles ont le poil rare. (Et la peau rose ; on voit à travers.) Il en va d'ailleurs de même en France. (Je tiens le détail de Louise Falque qui dirigeait un chantier d'épandage où travaillait le " roi du lapin cru ", qui fit pendant l'Occupation un trafic assez important de saucisse de chien blanc à poil rare, qu'on apprécie encore en Suisse, avec du vin du canton de Vaud. Mais le beaujolais exalte mieux contre le palais le goût du chien blanc, qui est un peu sauvage. Malheureusement il voyage mal.) "


En tant que membre du Club des Vialattiens notoirement inconnus, je me devais de vous faire goûter un peu de Vialatte.

http://avialatte.free.fr/mois.htm